Frexit

Gouverne

Voici un résumé long et détaillé de la conférence de François Asselineau intitulée « Qui gouverne la France et l’Europe ? » (version intégrale, enregistrée le 27 avril 2012 à Saint-Amour, durée totale environ 4h50).
Cette version intègre les timestamps officiels de la vidéo, le fil conducteur des neuf « questions naïves » qu’Asselineau pose, et de nombreux développements historiques, géopolitiques et institutionnels qu’il expose avec précision. Le ton reste pédagogique, factuel et structuré, comme dans la conférence originale. Asselineau place l’ensemble sous l’égide d’un proverbe chinois : « Celui qui pose une question est un fou pendant cinq minutes, celui qui n’en pose pas est un fou toute sa vie. »
Introduction (0:00:12 – 0:02:59)
Asselineau commence par poser la question centrale : en 2012, qui gouverne réellement la France ? Et qui gouverne l’Europe ?
Il annonce qu’il va procéder par neuf questions « bêtes » ou naïves, afin de déconstruire progressivement le discours dominant sur la « construction européenne ». Il explique que la plupart des Français ignorent l’ampleur du transfert de souveraineté, car celui-ci s’est fait de manière progressive, technique et souvent euphémisée (« approfondissement », « mutualisation », « Europe des projets »).
Il cite François Mitterrand qui, après 14 ans à l’Élysée, aurait découvert que la France était en « guerre permanente » avec les États-Unis, une guerre économique et vitale, sans morts visibles, mais décisive pour l’indépendance des nations.
1re question naïve : Qu’a découvert François Mitterrand ? (0:02:59 – 0:52:51)
Asselineau développe longuement le contexte historique américain :

La Révolution américaine n’était pas principalement motivée par l’égalité (comme la Révolution française), mais par la liberté commerciale (exemple : Boston Tea Party de 1773 contre les taxes britanniques).
Les Pères fondateurs (Washington, propriétaire d’esclaves) visaient un « Nouvel Ordre des Âges » (Novus Ordo Seclorum inscrit sur le dollar).
Les États-Unis pratiquent une guerre par séduction et par le commerce plutôt que par conquête militaire directe : exemples d’annexion du Texas, de la Louisiane (achetée à la France en 1803), et de tentatives sur le Canada via corruption et libre-échange.
Il cite des documents déclassifiés montrant que les États-Unis ont vu très tôt dans l’unification européenne un moyen d’affaiblir les nations et de les placer sous influence atlantiste.
Mitterrand aurait compris tardivement que cette « guerre » oppose les intérêts vitaux de la France à ceux de l’hyperpuissance américaine.

2e question naïve : Pourquoi les États-Unis poussent-ils tellement à la construction européenne ? (0:52:51 – 1:20:04)
Asselineau affirme que la « construction européenne » n’est pas une idée spontanée des Européens, mais un projet américain depuis 1945-1950.

La Déclaration Schuman (1950) et le rôle de Jean Monnet sont présentés comme orchestrés par les États-Unis (financement CIA via des fondations, documents du Daily Telegraph de 2000).
Stratagème des « chaînes » (tactique militaire chinoise ancienne) : créer un enchevêtrement complexe d’intérêts contradictoires entre pays européens pour les paralyser et les rendre dépendants d’un arbitre extérieur (les États-Unis).
Objectif : empêcher l’émergence d’une Europe indépendante qui pourrait rivaliser avec l’Amérique, tout en maintenant l’Europe comme marché captif, base militaire (OTAN) et contrepoids à l’URSS puis à la Russie.
Exemples : élargissements successifs (de 6 à 27 membres) qui diluent le poids de la France et favorisent l’anglais comme lingua franca (chute du français de 80 % à 7-8 % des documents européens).

3e question naïve : Si de Gaulle avait compris, pourquoi n’est-il pas sorti de la « construction européenne » ? (1:20:04 – 1:38:02)
Asselineau retrace la vision de Charles de Gaulle en 1962 (conférence de presse du 15 mai 1962, un mois après les accords d’Évian) :

De Gaulle voit dans la CEE une entreprise de vassalisation sous commandement américain, comparable aux méthodes de Staline en Europe de l’Est.
Il manque alors de majorité parlementaire (dépendance vis-à-vis des centristes MRP, parti de Robert Schuman).
Il choisit donc de subvertir de l’intérieur la CEE pour en faire une « Europe à la française » : indépendante des blocs, intergouvernementale, respectant les souverainetés.

4e question naïve : Puisque l’« Europe à la française » qu’essayait de monter de Gaulle a échoué, que décida-t-il de faire ? (1:38:02 – 1:55:13)
De Gaulle tente de contourner l’obstacle :

Traité de l’Élysée avec Adenauer (1963) pour rapprocher France et Allemagne, mais les Allemands y ajoutent un préambule pro-OTAN qui le vide de sens.
Politique d’indépendance : reconnaissance de la Chine de Mao (1964), voyage triomphal en Amérique latine, rapatriement de l’or français, détente avec l’URSS (1966), retrait du commandement intégré de l’OTAN (1966), discours de Phnom Penh contre la guerre du Vietnam (1966), « Vive le Québec libre ! » (1967).
Il cherche à créer une « Europe atlantique » libérée de la tutelle américaine.

5e question naïve : De Gaulle parvenant à contrer la stratégie des États-Unis, que firent ces derniers pour reprendre les rênes ? (1:55:13 – 2:13:35)
Les États-Unis réagissent vigoureusement :

Campagne médiatique contre de Gaulle (L’Express, Jean Lecanuet en 1965).
Mai 68 présenté comme une « révolution de couleur » avec implication américaine (financement de certains mouvements étudiants via la CIA, selon des sources citées).
Après le départ de de Gaulle (référendum de 1969), Pompidou accepte l’entrée du Royaume-Uni (proxy américain) qui enterre définitivement la vision gaulliste.

6e question naïve : Les gaullistes ayant été neutralisés, que s’est-il passé après ? (2:13:35 – 2:34:59)
Asselineau décrit la période post-gaulliste :

Accélération de l’intégration supranationale (Acte unique, Maastricht, Lisbonne).
Dilution progressive de la France dans une Europe à 27 (ou plus) où elle n’a plus que 11-15 % de poids.
Explosion des normes et règlements (de quelques centaines de pages en 1957-1969 à 250 000 pages en 2011, +100 par jour).
Contrôle des médias par des groupes liés aux intérêts atlantistes, qui « hypnotisent » l’opinion (3h30 de télévision par jour en moyenne).

7e question naïve : Pourquoi les États-Unis sont-ils sûrs de pouvoir continuer à dominer la « construction européenne » ? (2:34:59 – 3:24:37)
Asselineau analyse le fonctionnement concret de l’UE :

Commission européenne : monopole de l’initiative législative, très infiltrée (nombreux commissaires formés aux États-Unis, anglophones, pro-américains sur les grands dossiers comme la guerre d’Irak).
Multiplication des postes (Président du Conseil européen, Haut représentant, etc.) qui crée une paralysie (« dictature par l’ennui »).
Règles du Pacte de stabilité imposées à la France (déficit < 3 %, baisse du coût du travail, réforme des retraites, flexibilisation du marché du travail, privatisations).
Exemples de commissaires (Barroso, Kroes, Rehn, etc.) dont les parcours montrent des liens avec les milieux atlantistes ou libéraux.
La France est systématiquement minorée dans les votes.

8e question naïve : Quelles sont les conséquences géopolitiques ? (3:24:37 – 3:43:11)

Perte de souveraineté dans tous les domaines : monnaie (BCE indépendante), commerce extérieur, agriculture (PAC), frontières (Schengen), normes techniques, budget.
Déclassement économique et social, montée des inégalités, impossibilité de mener une politique alternative.
L’Europe devient un « condominium » paralysé, vassal des États-Unis via l’OTAN et les marchés.
Risque d’élargissement supplémentaire (Turquie, Balkans) pour affaiblir encore plus les grands pays fondateurs.

9e question naïve : À quoi sert votre bulletin de vote ? (3:43:11 – 4:01:00)
Asselineau conclut que le vote national a perdu une grande partie de son sens : les décisions majeures sont prises à Bruxelles ou imposées par les traités, les lobbies et les marchés. Les gouvernements successifs (droite comme gauche) appliquent les mêmes contraintes (ex. : Sarkozy citant Maastricht). La démocratie est devenue une « démocratie low cost » ou post-démocratie.
Alors que faire ? (4:01:00 – 4:10:04) et Conclusion (4:10:04 – fin)
La seule solution crédible selon Asselineau est de sortir des traités européens (Frexit) de manière préparée, démocratique et ordonnée, pour retrouver la souveraineté nationale (monnaie, lois, frontières, commerce). Cela permettrait ensuite une coopération entre nations souveraines, et non une fusion supranationale.
Il appelle à une prise de conscience massive des citoyens, à l’information et à l’engagement (via l’UPR à l’époque). Il insiste : critiquer l’UE sans proposer la sortie est insuffisant. La conférence se termine sur un appel au combat pour la « libération » de la France.
Points forts et style de la conférence

Pédagogie exceptionnelle : utilisation de schémas historiques, citations précises de traités, de discours de de Gaulle, de documents déclassifiés.
Approche historique longue : de la Révolution américaine à Maastricht, en passant par de Gaulle, Mitterrand et les élargissements.
Critique transversale : tous les grands partis sont accusés d’avoir porté ou accepté le transfert de souveraineté.
Actualité persistante : en 2026, beaucoup de spectateurs la considèrent encore comme « criante de vérité » (perte de souveraineté, rôle des lobbies, alignement atlantiste, paralysie européenne).

Cette conférence reste l’une des plus complètes et fondatrices de François Asselineau. Elle pose les bases de son analyse souverainiste : la France n’est plus gouvernée par son peuple ni par ses élus souverains, mais par un ensemble de structures supranationales, technocratiques et atlantistes.

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